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Paroisse papetière au XVIIIe siècle
A la mémoire de Guillaume Couture, curé de Canapville pour le soin apporté aux registres paroissiaux et d'Angèle Levêque qui les a sauvés de la destruction en 1940.

Il ne s'agit pas du Canapville, porte d'entrée de la Côte Fleurie et illustrée par ses manoirs, ni dans l'Eure, du Canappeville de la plaine du Neubourg mais de Canapville, chevauchant, lui aussi, la Touques dans le sud du Pays d'Auge et commune de l'Orne borduriére du Calvados. Déjà, autrefois pour lever une ambiguïté, on l'avait dénommé Saint-Aubin de Canapville. Comme nous nous transportons au XVIIIe siècle, on retiendra cette dénomination d'alors puisque c'est la période autour de 1740 qui est retenue pour remonter le temps et... la Touques dont la vallée, qui s'est rétrécie, reste fidèle à elle-même, ourlée par son liseré forestier et encore décorée par ses herbages pentus.

Trois raisons nous invitent à faire ce choix. La première porte sur la disponibilité d'une source d'information essentielle, sauvée de la destruction en 1940 : les registres paroissiaux (1732-1749) de la paroisse de Saint-Aubin de Canapville, soit plus de 600 actes rédigés en 18 ans. La deuxième nous est donnée par Emmanuel Le Roy-Ladurie dans son Histoire du climat (1). Il souligne l'importance du « paroxysme glaciaire » de 1739-1749 sur l'évolution de la population, notamment dans le Pays d'Auge. La troisième est la plus originale : 4 à 5 familles « papetières » animaient une fabrication de papier spécialisée dans les jeux de cartes, liées au centre marchand de Rouen, activité qui préfigurait une industrie naissante qui allait, par la suite, s'épanouir pour un temps dans la haute vallée de la Touques.

Une paroisse sous l'ancien régime

Sans tenter de faire une synthèse de l'histoire de cette paroisse, il convient de la situer dans l'Ancien Régime en quelques mots, ce qui aide à mieux comprendre la vie de ceux qui y vivaient alors.
Combien « d'âmes », tout d'abord. Un recensement (2) accorde à la paroisse 188 feux en 1745, ce qui donnerait, pour 3,5 habitants par feu (3), plus de 658 habitants : ce chiffre paraît trop élevé au regard du recensement de 1807, qui donne 582 habitants. Plus de 100 feux ont été identifiés à travers les actes et la population devait plutôt s'élever à environ 450 habitants (213 habitants actuellement).
Administrativement, que de bouleversements par rapport à la situation actuelle ! Saint-Aubin de Canapville dépendait au civil et au criminel du baillage d'Orbec et au religieux du diocèse de Lisieux. La création des départements a contribué à limiter puis à éteindre les relations étroites amorcées avec Meulles en particulier.

La carte de Cassini situe Saint-Aubin de Canapville sur l'axe Rouen, Bernay, Orbec, Vimontier et Argentan, matérialisé par un chemin encore visible, large mais non empierré, passant plus au nord de la route actuelle Vimoutiers-Orbec. Une route longeant la Touques le reliait à Lisieux. Saint-Aubin de Canapville bénéficiait donc de relations privilégiées. En 1758, il est fait mention d'une communication régulière des postes d'Argentan à Orbec, prolongée jusqu'à Rouen en 1773 (4). C'était donc un carrefour et les relations avec Rouen l'emportaient.
La carte fait état de 3 moulins sur la Touques (en fait, ils étaient 4) dont 3 liés à l'activité papetière, ces derniers proches de celui d'Avernes-Saint-Gourgon.
En plus du bourg, 9 hameaux figurent sur cette carte, le Boquier (le Boscraie), Bos L'Evesque (Beau l'évêque), le Hamel l'Evesque (hameau Vesque), la Hurlinaie, Saint-Clair, la Héraudière, la Banque, la Roussière, le Totellain. On observe des dérives dans la toponymie actuelle. Les actes étudiés ne mentionnent que Saint-Clair et la Roussière, la population étant sans doute assez groupée autour du bourg et de l'église.

L'église est dédicacée à saint Aubin, dédicace à rapprocher de celles de saint Aubin d'Auquainvil-le et de saint Aubin de Bonneval. Le droit de présentation appartenait initialement au seigneur (la famille de Rupierre, sans doute) mais il fit l'objet d'une donation à l'évêché de Lisieux, contestée du XVIIe siècle à la Révolution (en 1784) par les seigneurs successifs de Saint-Aubin de Canapvilie, les Nollent puis les Tiger de Rouffigny.

L'église est dédicacée à saint Aubin, dédicace à rapprocher de celles de saint Aubin d'Auquainvil-le et de saint Aubin de Bonneval. Le droit de présentation appartenait initialement au seigneur (la famille de Rupierre, sans doute) mais il fit l'objet d'une donation à l'évêché de Lisieux, contestée du XVIIe siècle à la Révolution (en 1784) par les seigneurs successifs de Saint-Aubin de Canapvilie, les Nollent puis les Tiger de Rouffigny.

Le fief principal de Canapvilie s'appelait initialement fief de Rupierre. Un autre fief dépendait du comte-évêque de Lisieux (à relier, sans doute, aux toponymes Hamel l'Evesque et Bos l'Evesque). Le prieuré de Sainte-Barbe avait également bénéficié d'une donation et les bénédictines de Vimoutiers y possédaient une ferme sur le plateau, en direction de Vimoutiers ; elles y accueillaient vers 1740 des personnes âgées (5).

De ce fait, la dîme était partagée en 3 parts, du moins au religieux (6) : le chapitre de Lisieux, le prieuré de Sainte-Barbe (à charge pour lui de fournir un maître d'école à la paroisse) et enfin, le curé lui-même, responsable de l'église. En relation avec la campagne de restauration-adaptation liée à la Contre-Réforme, l'église bénéficia d'aménagements : élévation d'une « contre-table » en 1734, avec sculptures et peintures, réalisée par Robert Hue, qui mourut à Canapville.

Il ne reste rien du manoir seigneurial situé entre la Touques et l'église au sud. Dans le bourg existe encore une grande maison à colombages, surmontée d'une croix, indiquant une emprise religieuse (celle du prieuré de Sainte-Barbe ?).

Les registres paroissiaux

Les registres paroissiaux découlent de l'ordonnance de 1539 et se limitaient initialement aux baptêmes. Leur tenue fut peu à peu précisée jusqu'à l'ordonnance de 1667 qui stipule qu'il y aura deux registres par paroisse dont les feuillets seront paraphés et cotés du premier au dernier par le juge royal du lieu où est située l'église. Les curés étaient astreints à leur tenue et à les porter aux greffes des juridictions dans les deux mois, puis dans les 6 semaines après chaque année.

Pour Saint-Aubin de Canapville, ce rôle était tenu par le conseiller du Roi, Lieutenant-Général civil et criminel du bailliage d'Orbec, successivement Fouque de la Pilette et, à partir de 1749, Michel Jacques Despériers de Saint-Mars, seigneur du Fresne. L'établissement de ces rôles était soumis à redevance que la fabrique paroissiale devait acquitter, soit 12 deniers puis 1 sol et 4 deniers (16 deniers).

Ces cotes du registre paroissial (de 4 à 14, selon les années) étaient paraphées entre le 15 et le 31 décembre à la fin du registre en cours. Ce registre était à nouveau transmis au greffe pour y être contrôlé et contre-signé, la minute retournant dans la paroisse et la grosse (le double) restant au greffe. Le curé de Canapville, Guillaume Couture, respectait les délais de transmission des registres.

Comment dès lors étaient-ils transmis, en plein hiver à 14 km par le grand chemin hasardeux conduisant à Orbec ? Guillaume Couture s'y ren-dait-il lui même et à cheval, dépêchait-il son vicaire ou en chargeait-il le marguillier de la fabrique ? Une autre solution s'offrait à lui, celle des postes assurant un service régulier entre Vimoutiers et Orbec. Quoiqu'il en soit, la gestion de ces registres paroissiaux était bien assurée et leur tenue très satisfaisante de la part du curé, mais laissant parfois à désirer quand le vicaire s'en chargeait (oublis de l'âge, de la qualité), contrairement aux prescriptions fixées. Dans ce cas, le curé Couture complétait de sa main l'acte initial.

Durant cette période de 18 ans, 608 actes ont été rédigés, devenant plus précis et très complets à partir de 1736, seul manque un feuillet de 1734. C'est cette source qui a été exploitée, offrant finalement beaucoup d'informations, à l'exemple de l'étude conduite à la Croupte par Johannes Rosenplânter (7) qui servira souvent de référence locale. Il convient d'ajouter que ces registres ont été sauvés des flammes, puis de la pluie, en juin 1940, certains feuillets disparus ayant servi d'allu-me-feu par des réfugiés accueillis à la mairie.

Nous nous limiterons, ici, à un essai d'histoire démographique de la paroisse de Saint-Aubin de Canapville au milieu du XVIIIe siècle, à partir des actes du registre paroissial. Ils permettent, que ce soit pour les baptêmes, les mariages, ou les sépultures (les B. M. S. des Archives) une double approche : leur rôle civil, par l'enregistrement des naissances, des mariages et des décès, et leur rôle canonique, par l'attestation du respect des rites catholiques liés à ces événements majeurs de la vie.