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Canapville, tête de réseau
Quatre moulins figurent sur la carte de Cassini, établie pendant notre période : deux étaient en amont au niveau de l'église, deux en aval de la route de Vimoutiers à Orbec. Trois d'entre eux travaillaient le papier tandis que le quatrième était un moulin à « bled ». Actuellement, si la curiosité vous pousse à une visite des lieux, vous trouverez quelques témoins : les restes des barrages de retenue, dont l'un, au niveau du pont qui mène à l'église, est bien visible ; les biefs creusés en ligne droite encore alimentés en eau et l'amenant aux roues du moulin ; un grand bâtiment dans un herbage percé à la base d'un trou rectangulaire assurant le passage de l'arbre de transmission et, tout à côté, un tas de pierres où on en reconnaît les morceaux en granit gris des cuves cassées, les « piles ». On a donc peine à imaginer l'activité qui régnaient en ces lieux au XVIIIe siècle , occupés maintenant par des herbages et des bovins à l'œil pensif.

La fabrication du papier (8) se déroulait en six temps, à partir de la matière première faite de « chiffes » ou de « drapeaux » de lin ou de chanvre qu'il fallait d'abord apporter, pour partie, de Rouen sans doute (alors la troisième ville du royaume) et par ailleurs fournis par des marchands de chiffons locaux. La première opération s'appelait le délissage ou la coupe des chiffons en lanière sur un « daillot » (une petite faux), réalisée par des femmes, les « délisseuses ». Ces chiffons découpés étaient mis au « pourrissoir » où s'opérait avec aspersion d'eau leur fermentation en une dizaine de jours, sous l'œil attentif du « gouverneur ».

Puis venait la fabrication de la pâte à partir de cette cellulose dans des bacs ou « piles », situées au cœur du moulin. Ces piles, une pièce en granit d'environ quatre-vingt centimètres de profondeur, étaient remplies d'eau et munies au fond d'une platine et d'un écoulement. Chacune des piles était équipée de trois maillets en bois de chêne pesant environ 70 kilos et garnis, en tête, de clous acérés. Les maillets étaient actionnés par l'arbre à cames du moulin. L'opération dite de « défilage » durait entre 6 et 12 heures, le tout dans un bruit assourdissant car chaque moulin disposait de sept piles (moulins de Jean Foulon et de Philippe Le Hoult) ou de six piles (mouiin de Pierre Cucu) produisant cent coups à la minute pour l'ensemble !

La fabrication des feuilles de papier, à partir de cette pâte préalablement raffinée dans une « pile à affleurer », passait d'abord par la cuve à ouvrer contenant de 700 à 1500 litres d'eau tiède. L'ouvrier de cuve, « l'ouvreux », puise avec une « forme » (un tamis) dont le cadre en bois détermine les bords et l'épaisseur de la future feuille de papier. Une fois égouttée, le « coucheur » renverse chaque forme sur un feutre appelé « faultre » et, par couche successive de 25 feuilles forme une « porse ».

Cette « porse » est placée sous une presse de bois par le « leveur », aidé du « coucheur » et du « gouverneur ». Cette presse est actionnée par un cabestan pour expulser l'eau et lier entre elles les fibres de cellulose. Aidé par un apprenti, le « leveur » sépare les feutres des feuilles, celles-ci étant alors disposées côte à côte sur une planche, la « selle ». Des ouvrières déposent les feuilles à sécher sur des cordes, P« étendoir », situé dans les combles du moulin. Des volets permettent de contrôler les arrivées d'air, la canicule et le gel étant nuisibles au bon séchage des feuilles.

Le papier est ensuite apprêté pour le rendre apte à l'écriture. Le « collage», réalisé à l'écart par le colleur, en raison des odeurs, consiste à étendre un mélange gélatineux obtenu à partir des rognures de mégisserie et maintenu à 50 degrés environ. Les femmes procèdent au « lissage » des feuilles avec un grattoir, sorte de pierre polie. Une fois les feuilles rognées et barbées, elles sont assemblées en « main » de vingt-cinq feuilles, vingt mains font une rame de 500 feuilles, contenant trois qualités de papier. Chaque rame pèse de trois à dix livres ; un moulin fabrique, par cuve, sept à neuf rames par jour, soit près de cinquante kilos de papier. La production journalière des trois moulins de Canapville devait s'élever à environ cent vingt à cent cinquante kilos de papier qu'il fallait transporter et vendre à l'extérieur.